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LES 65 ANS DE MARIUS


Sir PHILIPPE AUCLAIR

1er décembre 2014

Il n’y aurait pas besoin de fouiller profond pour trouver soixante-cinq raisons d’aimer Marius Trésor pour ceux et celles de ma génération qui ont grandi dans une France qui désespérait de son football. Nous étions nuls. Nous le savions. Et chaque grand tournoi nous le rappelait, pour la simple raison que nous n’y participions pas.
Et puis Marius est arrivé, avec cette génération de joueurs qui sont allés se faire voler en Argentine en 1978, puis en Espagne en 1982, et plus rien n’était comme avant. Pour certains, c’est la génération Platini. Pour moi, c’est aussi la génération Trésor. Dans la cours de récré de mon lycée d’Elbeuf, quand on tapait dans le ballon en caoutchouc, on jouait à être Marius, à une époque où avoir la peau un peu trop sombre au goût des lecteurs de Minute aurait dû signifier être exclu. Marius vous l’a mis profond, les imbéciles, et gloire à lui pour ça. Gloire à lui, et au géant endormi Jean-Pierre Adams, les deux blacks en bleu qui ont tordu le cou aux stéréotypes, et fait s’étrangler les traîtres à la nation qui ne comprennent pas que bleu, blanc, rouge, ce n’est que le début de notre arc-en-ciel.
Merci Marius, mon professeur en tolérance, mon, notre soldat de la République, la vraie. Et cela, c’était quand, en 1974, deux ans et demi après la première sélection de Marius en équipe de France – arrière gauche contre la Bulgarie, en décembre 1971! -, des commentateurs de l’ORTF faisaient des blagues de comptoir aux dépens des défenseurs zaïrois à la Coupe du Monde. Un noir, ça court vite, ça dribble, mais défendre… hein? Quand je me souviens de cela, j’ai honte, et envie de hurler. Marius a prouvé aux cons qu’ils étaient vraiment très cons. Il les a fait taire, en étant tout simplement mille fois meilleur qu’eux. Et je le revois, les bas sur les chevilles, montant à la Beckenbauer sur un terrain argentin, impérial, si beau. La France qui avance, c’était, c’est toujours lui.