#49 Marseille-Bordeaux (11/03/1989)

Des messieurs très tranquilles

Entre Marseille et Bordeaux, on ne s’insulte plus. On se respecte…….

Le placard en tôle grise est ouvert et vide. Il ne reçoit plus que les poussières et les vapeurs du vestiaire marseillais.
L’étiquette, elle, est restée.

Avec le nom de l’occupant : Éric Cantona.
On lui a gardé son petit coin, entre Mura et Eyraud.

Du sentimentalisme ?
Non.
Un oubli ?
Non plus.

Tout simplement le reflet de la réalité.
Cantona n’est que prêté à Bordeaux, et donc, comme le dit Hidalgo, «il peut revenir».

Samedi , Cantona était resté en Gironde, pour cause de fair-play. de son président.
Commentaire de Michel Hidalgo :

il n’existait aucun accord préalable. Claude Bez a pris une décision sage.Ça nous arrange plutôt. Si Bordeaux gagnait 1-0 avec un but de Cantona, on pourrait nous faire des reproches.

Bernard Tapie n’entre pas dans ce genre de considérations :

Si on pense à ça, on ne fait plus de transferts. Lors du premier match de la saison à domicile, Cubaynes nous a marqué un but. On venait de le vendre à Montpellier. Domergue a sorti le match de sa vie contre nous. Pour le reste, personne ne peut prédire si Cantona aurait été bien ou mal reçu. Le public aurait réagi, c’est sur. Mais comment ?

À l’instant où il nous tenait ces paroles, Jean Tigana vint saluer Bernard Tapie : «Bonjour Président.»
Ce dernier le prit par l’épaule et se tournant vers nous, lançant en rigolant : «Ah lui en revanche, ça m’aurait embêté qu’il joue. Car c’est un phénomène.»
Tigana remercie pour le compliment et s’en alla serrer d’autres mains dans les couloirs du stade.

L’esprit occupé par le titre de champion qui tend les bras à l’OM, les supporters marseillais ont déjà oublié Cantona.
«Il n’a pas flambé ici, alors on ne peut pas dire qu’on le regrette »

Giresse discret
Cantona consigné chez lui, cet OM-Bordeaux perdait un peu de son piment.
Car, pour le reste, tout le monde a été poli, affable et propre sur lui, à l’inverse du climat venimeux des précédentes confrontations.

La rivalité est atténuée par l’écart qui sépare les deux équipes au classement, notait Bernard Tapie. Ensuite, Claude Bez me trouve intelligent. Le public a le sentiment que les relations entre les deux clubs rentrent dans l’ordre.

Les deux ex-ennemis jurés ne se croiseront plus.
Claude Bez n’a pas fait le déplacement.
«Il a été retenu par ses activités professionnelles» expliquait Gilles Estay, l’attaché de presse des Girondins.
Hormis la traditionnelle banderole «ici on m’aime pas la bouille à Bez» et quelques «Thouvenel enc….» en seconde mi-temps, les Marseillais ont ravalé leur agressivité.

Des 2 cotés on évite soigneusement toute incartade qui pourrait rallumer la mèche.
Alain Giresse, présent au stade Vélodrome, ne voulait pas remuer le passé.

Non, non, je ne veux pas parler de ça, les relations se sont normalisées, il faut laisser la place au sport.

Calfeutré dans l’anonymat des tribunes, le directeur sportif des Girondins ne mettra pas les pieds sur le terrain.

Finalement, au milieu de ces assauts de respectabilité, un seul s’est mal conduit :
Marc Pascal
Entré en jeu à la 46e, il fut expulsé seize minutes plus tard après deux agressions.
L’ancien minot n’avait pas compris qu’entre Marseille et Bordeaux la guerre est finie…….

La feuille de match

19890311

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